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04 2009

Vaincu

Chants, par Matthieu RiallandEt puis, un jour, tu t’aperçois que tu n’as jamais été rien d’autre qu’un putain d’escroc. Rien d’autre qu’une espèce de menteur. Et que tu n’as plus rien sous le capot que tes derniers coups de gueule et ta bouche de travers.

Tu te croyais le plus droit, le plus honnête, le champion des chevaliers blancs. Tu n’es qu’un dégonflé planqué sous ses principes.

Tu te croyais le meilleur des amis, le dévoué, le disponible, le présent. Tu n’es qu’un fantôme se nourrissant de la vie des autres.

Tu te croyais l’amant discret qu’elles attendent toutes mais qu’aucune n’ose poursuivre. Tu n’es qu’une bite qui se soulage en rêve.

Tu te croyais pur et vierge, intouchable, intouché, en robe blanche sous un manteau d’acier. Tu n’es qu’un vestige des temps révolus, s’ils ont jamais été.

Ce jour-là, tu voudrais mourir foudroyé. Tu voudrais être mort foudroyé depuis longtemps déjà. Tu voudrais oublier ce qui ne s’oublie pas, retenir tous les mots qui ont franchi tes lèvres, revenir à l’époque où tu ne savais pas.

Ce jour-là, tu t’aperçois que le monde ne t’a pas attendu, pendant que tu l’attendais.

Ce jour-là, tu meurs. Et tu nais.

Tu as déjà les cheveux gris et le ventre mou. Tu as la vue qui baisse et les genoux qui craquent. Tu te fais mal quand tu te baisses et tu trébuches en descendant du trottoir. Tes rides n’ont même pas le charme du quadragénaire, et ta queue même plus ceux de ta propre jeunesse. Tu nais vieux et usé, rayé comme une bagnole d’occase, cabossé et rouillé comme un frigo sur le bord du trottoir.

Tu nais les mains vides et les poches crevées, les paumes cuisantes d’avoir tant poli tes rêves, la doublure déchirée avec le brouillard de tes illusions.

Un voile se lève. Ils te disent que tu as grandi. Mais aucun ne t’introduit parmi eux.

Ils t’ont vaincu. Lèche tes plaies. Tant qu’il te reste une langue.


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